Samedi 15 janvier - Descente
Cyprien Brun, l’ambitieux.
On ne l’attendait pas à ce niveau. Et pourtant. Quelques heures après son
exploit, sur le chemin menant à la cérémonie des médailles, place du Golden
Roof, dans le centre ville d’Innsbruck, il nous suffira de quelques instants passés en sa
compagnie pour comprendre. Le jeune homme, volubile, exubérant parfois, semble
n’avoir peur de rien. Surtout pas de dévaler les pentes à 120 km /h.
Surtout pas de gagner. « Je prends le départ de chaque course pour la
gagne. Ce matin, j’avais dans la tête de faire quelque chose. Sinon, à quoi ça
sert de mettre le dossard ».
Simple, tellement simple. Alors, on le scrute, le questionne, on cherche
à percer la cuirasse. « Je me suis battu pour en arriver là. Au départ,
cela n’a pas été facile car je suis un citadin, je ne viens pas de la montagne.
J’aurais pu tout arrêter en benjamin, au moment où certains se demandaient ce
que je faisais là. A cette époque, il y avait des sélections de district : je
les ai franchies comme beaucoup d’autres ensuite. Ma carrière s’est jouée à peu de
choses mais j’ai souvent fait les bons résultats au bon moment»

Question de
tempérament sans doute. Une complexion qui lui a souvent permis de se
transcender le jour J. Comme aujourd’hui. « Je suis toujours plus fort
les jours de course, surtout les jours de grands événements. Sur une saison, je
peux être moyen, mais sur un jour, je suis capable d’être là ». On lui
parle de la descente. A priori, pas sa spécialité : 192ème
mondial en super G, 244ème en descente. Oui mais.« Cette
année, j’ai fait beaucoup d’entraînements en descente avec le groupe Coupe
d’Europe de l’équipe de France. Je pense avoir bien progressé. Après un début de saison
assez moyen, je savais que j’étais capable de remonter la pente». Hier, son
dernier entraînement laissait
pressentir une belle performance : 5ème temps, sur des skis non
fartés en conditions de course. « Pour me laisser une marge de
progression ». Mais la tâche semblait difficile. Face à lui, du lourd, du très lourd même.
« Je ne pensais pas que le niveau serait aussi élevé que cela. Quand
j’ai vu que toute l’équipe russe était là, que certains Slovènes et Autrichiens
étaient largement dans les cent meilleurs mondiaux, j’ai pensé un instant que ce
ne serait pas facile d’aller chercher une médaille. Mais je suis là pour tout
donner alors je n’ai pas réfléchi ». Au sommet de la piste
olympique d’Innsbruck-Igls, Cyprien s’élance le premier. Dossard n°1. En bas, le
chrono : quasiment 2 secondes de moins qu’hier. « En voyant les
écarts creusés avec mes adversaires suivants, j’ai compris que j’avais fait une
performance ». L’espace d’un moment, le jeune tricolore,
53ème skieur français, verra se confondre son numéro de dossard et sa
place sur le podium. Jusqu’à ce que le slovène Matija Grasic ne lui ravisse le
leadership pour…un malheureux centième de seconde. « C’est un peu
rageant d’autant que j’ai le sentiment d’avoir commis une ou deux erreurs sur
cette course. Mais bon, ce n’est pas à refaire, c’est la loi du
sport. » Quelques instants plus tard, l’Autrichien Arno Pechtl égalera
le temps du jeune français. Deuxième ex-aequo. « Avec cette médaille
d’argent, je suis heureux. C’est une médaille des Championnats du monde. Quand
on voit le liseré arc-en-ciel, ça procure un plaisir particulier. J’ai participé
deux fois aux mondiaux juniors, sans parvenir à en gagner une, alors je
sais ce que c’est… ».
Médaille
en poche, Cyprien savoure l’instant. Et maintenant ? « La saison
continue. J’ai la chance de bénéficier d’horaires aménagés grâce à mon école,
l’INSA Lyon. J’y suis entré cette année après deux ans à l’IUT d’Annecy. Pour
moi qui suis très cartésien, c’est une vraie chance d’être là. Grâce à la
politique de sportifs de haut niveau menée par l’INSA, je suis libéré tout
l’hiver ». Sur le front des études en septembre et octobre dernier, il
ne reprendra les cours qu’en avril, jusqu’en juin. « Les cours manqués,
je les rattrape par le biais de cours particuliers payés par la section sportive
de l’INSA » Objectif : « Faire mes deux années de prépa en
quatre ans. Après, on verra : soit cela marche bien en ski et je peux
suspendre mon admission à l’INSA pour décaler mes années de spécialisation. Soit
j’arrête le ski et je me consacre à mes trois ans de spécialisation »
Son désir? « J’aimerais continuer le ski jusqu’au bout.
Pourquoi ? Parce qu’il y a moins de médaillés olympiques que
d’ingénieurs». Ambitieux, qui, comme Cyprien...
DB
Dimanche 16 janvier - Super G
Après sa belle
médaille d'argent hier en descente, le français Cyprien Brun a confirmé sa forme
actuelle, en prenant la 5ème place du Super G. Une performance qui ne
satisfaisait pas pour autant le lyonnais, "très déçu" au terme de la
course.
DB