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Rugby : En-avant Marchois !

A 22 ans, Arnaud Marchois a connu toutes les sélections internationales de jeunes, jusqu’aux universitaires cette saison. Déjà double champion de France avec son club, le deuxième ligne du Stade Français veut désormais y gagner ses galons de titulaire et s’imposer au plus haut niveau. Sans pour autant délaisser ses études…

On l’avait laissé un mois plus tôt, au bord d’un terrain de la banlieue londonienne. Déçu par la défaite des siens. Auteur d’un match énorme mais victime d’un carton jaune sévère qui avait contribué à sonner le glas des espérances françaises. Réduits à quatorze durant dix minutes, les universitaires tricolores, dominateurs stériles jusque-là, n’avaient alors pu enrayé la marche en-avant anglaise. Une défaite 10-6, au goût amer.

On le retrouve en tenue civile, au club-house du stade Jean-Bouin, sortant d’une séance de musculation qu’il vient de s’imposer, malgré la (rare) semaine de vacances offerte aux joueurs du Top 16. Regard bleu perçant, voix assurée, Arnaud Marchois étire son double mètre et l’installe dans un confortable fauteuil en cuir. Prêt à se confier, simplement et sans faux-semblant. « Je garde un bon souvenir de cette sélection en U. L’ambiance a quelque chose de différent. D’ailleurs les anciens m’avaient prévenu et j’y allais avec un excellent à priori. Tout le monde est dans l’esprit, joue le jeu et s’engage à 100%. En plus, cela m’ a permis de retrouver plusieurs potes avec lesquels j’avais joué en –19 ou en –21 ans comme Guillaume Bergos, Romain Friand, Julien Saubade ou « Pedro » Garcia. Et puis, j’ai été agréablement surpris par le niveau du jeu pratiqué.De toute façon, c’est un match international. Et ça, c’est incomparable, surtout contre les Britanniques ». On lui reparle de ce carton jaune, de ces dix minutes où, sans lui, le match a basculé. «  Sur le coup, je ne sais pas trop ce que l’arbitre siffle. J’essaie d’écrouler une touche avant la constitution du maul, ce qui est autorisé. Finalement, le ballon gicle, je me couche et l’arbitre me pénalise. C’est rageant car l’on prend cet essai dans la foulée. » D’autant plus rageant que le blond deuxième ligne ne pourra goûter une revanche méritée quinze jours plus tard, à la Roche-sur-Yon. Retenu par son club pour un déplacement périlleux, à Bourgoin-Jallieu,. « Dommage, j’aurais bien aimé en être ». S’il a manqué celle-ci, des sélections, Arnaud en a connu beaucoup d’autres depuis sa arrivée en Ovalie, via l’école de rugby de Massy, dans la banlieue sud de Paris, grande pourvoyeuse de talents. International scolaire, - 19 ans , - 21 ans et aujourd’hui universitaires, il ne lui reste plus désormais qu’une marche à franchir pour atteindre le saint Graal. Certainement la plus difficile. Mais pour l’instant, son objectif est ailleurs. « L’équipe de France, je n’y pense pas. Mon but à l’heure actuelle, c’est de m‘imposer au Stade Français. Quand tu arrives à jouer régulièrement dans un grand club comme le Stade, c’est que tu n’es plus très loin du niveau international. Il n’y pas de secret. Regardes mes potes Lamboley et Baby : six mois en première à Toulouse et déjà en équipe de France ». Ambitieux, Arnaud sait aussi que la route est longue. Et, s’il marque parfois une pointe d’agacement face à sa situation d’intérimaire, révélant un vrai tempérament de compétiteur, il se montre avant tout humble et lucide. « C’est vrai que j’en ai parfois un peu marre d‘avoir cette étiquette de petit jeune qui monte. Je n’ai surtout pas envie d’être un éternel espoir. Au Stade, avec David Auradou, Mike James et Olivier Brouzet, tous internationaux confirmés, la concurrence est rude cette année. J’apprends beaucoup à leur contact.

Je sais qu’à mon poste, la maturité vient avec l’âge et que j’ai encore beaucoup de points à améliorer. Aujourd’hui, je considère que si je ne joue pas, ce n’est pas parce que je suis plus jeune, mais parce que je suis moins bon. Point. Alors je bosse encore plus pour y arriver». Sous contrat avec le Stade jusqu’en 2007, Arnaud mesure sa chance d’appartenir à un tel groupe. Pro depuis deux ans, et déjà une paire de Brennus en poche. « C’est vrai que gagner deux titres* au Stade de France à 19 et 20 ans, c’est énorme. Jusqu’ici, je n’ai connu que la victoire. En même temps, j’ai plutôt l’impression d’avoir profité d’une belle aventure aux côtés de joueurs d’exception. Je le dis parfois aux « anciens » en rigolant : merci de m’avoir fait croquer (sic). Maintenant, j’aimerai gagner un titre en jouant un rôle essentiel. Comme en juniors Crabos, pour mon dernier match avec Massy … » Pour atteindre cet objectif, Arnaud travaille chaque jour un peu plus. Ce qui lui laisse de moins en moins de temps pour se consacrer à un autre pan de sa vie : les études. Après un DEUG MIAS obtenu en 2004, le jeune stadiste est actuellement en licence III d’informatique à l’Université Paris V. «Vu mon emploi du temps rugbystique, je suis obligé de me fixer des challenges. Je me dis : cette année, tu valides tel et tel module. C’est la seule solution». Car les réalités du rugby pro sont de plus en plus éloignées de celles d’un étudiant modèle. « C’est vrai, le rugby m’a obligé à revoir mes ambitions à la baisse. Au sortir du bac, j’étais pris en prépa mais je n’ai pas pu y aller. Ensuite je voulais devenir prof de maths mais avec le rythme imposé, c’est devenu impossible à gérer. Alors je me suis rabattu sur l’informatique. » Il sait déjà qu’ il ne fera jamais son mastère en trois ans. Qu’importe, l’essentiel est d’aller au bout, de décrocher le diplôme. Aujourd’hui, faute de pouvoir assister au cours, il les récupère auprès de ses potes et profite des possibilités offertes par le LMD. « Quand j’arrêterai le rugby, il faudra que je sois diplômé même si je me dis que ma carrière me donnera peut-être d’autres opportunités. En attendant, j’apprécie le côté équilibrant des études. Ca t’apporte un certain confort intellectuel, ça te permet de t’ aérer la tête. Je raconte toujours une anecdote révélatrice : en 1999, avec l’équipe de France – 19 ans, on joue les All Blacks en finale de la Coupe du Monde et on prend 70 points. On rentre en France, tout le monde a la tête dans le sac. Quelques jours après un journaliste du Midi Olympique m’appelle pour me demander si j’ai fait des cauchemars suite à cette défaite. Mais moi j’avais déjà basculé sur autre chose. Je n’avais pas eu le temps de gamberger, car cette semaine là j’avais deux partiels à passer». Lui qui aime sortir du cadre strictement rugby –« ce n’est pas là que j’ai mes meilleurs amis »- et rester au contact des réalités des jeunes de son âge paraît avoir trouvé son équilibre dans cette vie de joueur professionnel. A 22 ans, un bel avenir lui semble promis.

 

* Remplaçant, lors dse finales face à Toulouse en 2003 et Perpignan en 2004, Arnaud était à chaque fois entré en jeu en fin de match.

MARCHOIS Arnaud

22 ans

Club : Stade Français CASG

Etudes : Licence d’informatique à l’Université Paris V

International scolaire, junior, universitaire

Champion de France 1 ère division 2003 et 2004

Champion de France juniors Crabos 2000

Damien Bardot

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