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Interview exclusive : Solenne Figues – Hugues Duboscq, ou la double excellence

Leurs noms resteront gravés à jamais dans la légende du sport français. En remportant chacun une médaille de bronze aux Jeux Olympiques d’Athènes, Solenne Figues (200m nage libre) et Hugues Duboscq (100m brasse) ont rejoint le cercle prestigieux des médaillés olympiques tricolores. Ils ont aussi contribué à la formidable réussite de la natation française : six médailles au total, dont trois pour la seule Laure Manaudou. Du jamais vu. L’exploit accompli, nos deux champions ont repris leur vie. Car pour eux, la réussite ne s’arrête pas aux contours d’un bassin de natation. Au contraire. Franck est encore étudiant à l’Université du Havre ; quant à Solenne, elle est aujourd’hui diplômée en kinésithérapie et travaille au CHU de Toulouse, dans le service de chirurgie thoracique. Entretien avec « les bronzés d’Athènes », pour qui les études et les… compétitions sportives universitaires ont toujours revêtu une importance particulière.

Hugues Duboscq, deux mois après vos exploits d’Athènes, votre vie d’homme et de sportif a-t-elle changé ?

Non. Je ne considère pas les JO comme un aboutissement mais comme un passage. Je me projette déjà sur l’avenir. J’ai repris les entraînements plus « costauds » depuis quelques semaines pour préparer les Championnats du monde cet été. La seule chose qui ait changé, c’est que l’on me reconnaît plus facilement dans la rue, du fait de l’extrême médiatisation des Jeux.

Vous avez choisi de poursuivre vos études en parallèle à la natation. Pourquoi ce choix ?

Parce que je ne peux pas vivre de la natation, ni épargner pour le restant de mes jours. La natation n’est pas une fin en soi. Il faut savoir assurer ses arrières.

Où en êtes-vous actuellement dans votre cursus universitaire ?

Avec les nouvelles réformes, je suis actuellement en licence II de maths-infos à l’Université du Havre. Je ne finirai pas ma licence cette année car pour l’instant, ma priorité reste la natation. Par contre, je valide tout ce que je peux au fur et à mesure, de manière à terminer ma carrière avec le diplôme en poche.

Vous est-il arrivé de privilégier vos études au détriment de votre projet sportif ?

Cela m’est arrivé au lycée, mais pas depuis que je suis à l’Université. J’ai la chance, grâce à l’université du Havre, de bénéficier de nombreux aménagements dus à mon statut de sportif de haut niveau. Grâce à cela, je peux me consacrer pleinement à mes objectifs sportifs.

Ces aménagements, quels sont-ils exactement ?

Le principal est que je ne suis pas obligé d’aller aux partiels, auquel cas je profite de sessions de rattrapage. Ensuite, je bénéficie d’autant de tutorats que je le souhaite dans les matières suivies. Ce sont quasiment des cours particuliers, dispensés par un étudiant de cycle supérieur. Il n’y a pas mieux pour rattraper les cours. Cela me permet de compenser très rapidement le retard accumulé durant mes absences.

Quelles sont selon vous les clés de la réussite lorsque l’on mène de front sport de haut-niveau et études supérieures ?

Tout est question de volonté et d’organisation. Il ne faut pas perdre de temps et savoir basculer rapidement d’un monde à l’autre. L’objectif est d’être toujours à fond dans ce que l’on fait : quand je suis dans le bassin, je dois y être à 100%. Idem pour les cours.

Est-ce parfois difficile ?

Cela l’a été un peu plus ces derniers temps. Pour préparer les JO, j’avais décidé de me consacrer entièrement à la natation. Alors, forcément, la rentrée a été un peu plus difficile à gérer. Mais globalement, c’est un rythme à prendre et lorsqu’on l’acquiert, il n’y a aucun problème.

Les études vous permettent également de vous évader, de quitter le monde exigeant des bassins…

Tout à fait. C’est une question d’équilibre. Au lycée, je me souviens que lorsque la natation n’allait pas, cela n’allait pas non plus en cours, et inversement. J’ai le sentiment que les deux vont de pair.

Hugues, la saison dernière, à peine rentré des Championnats d’Europe de Madrid, vous vous êtes aligné au départ des championnats de France FF Sport U, à Nanterre (92). Vous y avez glané votre quatrième titre individuel consécutif sur 100m brasse. Pourquoi être venu spécialement participer à cette compétition ?

D’abord parce que j’aime beaucoup cette épreuve. Ensuite, car à cette occasion je représente l’université du Havre, qui fait beaucoup pour moi. Le meilleur retour d’ascenseur, c’est de lui apporter un titre. Pour ces raisons, j’essaie d’être présent à chaque compétition universitaire.

Que pensez-vous du sport universitaire en général et de la natation en particulier ?
Il s’en dégage une autre ambiance que dans le sport fédéral. Il y a moins de pression. On est sérieux mais on est aussi là pour se rencontrer et faire la fête. Personnellement, cela me permet de revoir des potes que je ne vois plus dans le milieu fédéral. Ils ont souvent arrêté à cause des contraintes, mais continuent à nager en compétition grâce à la FF Sport U. Ce sont toujours de bons moments…

DUBOSCQ Hugues
23 ans

Spécialités : 100m et 200m brasse Actuellement en licence II de maths-info à l’université du Havre

Solenne Figues, vous avez toujours assumé le choix de poursuivre vos études supérieures, en parallèle à la natation. Etait-ce difficile ?

En fait, je me suis vraiment battu, un petit peu contre tout le monde, parce qu’en natation, on a besoin d’énormément d’entraînement et que cela est souvent très difficile à concilier avec les études. Mais j’ai toujours assumé ce choix car la natation, le sport, restent quand même éphémère et que l’on est jamais à l’abri d’un souci. Cela a toujours été mon dilemme : d’un côté je voulais être une brillante étudiante et de l’autre une nageuse de haut niveau. Pendant quatre ans, j’ai eu des journées très chargées mais j’ai réussi et j’en suis d’autant plus fière et heureuse

Avez-vous bénéficié d’aménagements particuliers durant votre cursus universitaire?

Je n’ai pas eu à passer le concours d’entrée en école de kinésithérapie. Ensuite, la première année, j’ai pu bénéficier de quelques arrangements. Mais dès la seconde année, mon directeur d’études m’a placée devant mes responsabilités : je préparais avant tout un métier et par rapport à cela, j’avais des obligations. Il m’a alors fallu me débrouiller. En cela le système français est bien différent du système américain. J’ai effectué plusieurs stages aux Etats-Unis et j’ai pu mesurer la différence. Là-bas, tout est mis en oeuvre pour permettre au sportif de concilier ses deux activités.

Vous est-il arrivé de privilégier vos études au détriment de votre projet sportif ?

Vous savez, j’ai toujours eu mes trois univers : la natation, mon métier et ma famille. Donc chaque début année, la même question se posait : quel serait le plus important ? J’ai souvent privilégié les études après les Jeux Olympiques. En 1997, après Atlanta, j’ai voulu à tout prix obtenir mon baccalauréat et j’ai fait le maximum pour y parvenir. Idem, en 2001 où après Sydney, j’ai souhaité me consacrer à mes études sans passer par des horaires aménagés. Cela m’a d’ailleurs porté préjudice sportivement, puisque ces deux saisons-là, je ne me suis pas qualifiée aux Championnats du Monde. Heureusement, j’ai pu participé à l’Universiade…

Justement, vous qui avez participé aux deux dernières Universiades d’été (Pékin 2001 et Daegu 2003), comment jugez-vous ces compétitions ?

Pour moi, les Universiades représentent des « mini » Jeux Olympiques. Ce sont des compétitions de très haut niveau. La différence, aux Universiades, c’est l’ambiance. A Pékin comme à Daegu, elle était super au sein de l’équipe de France et autour de la compétition en général. Ce mélange de décontraction relative et de compétition est épanouissant. Quand l’ambiance est bonne, on a encore plus envie d’aller de l’avant, de se surpasser. A Athènes, ce fût le cas avec équipe de France et c’est sans doute aussi pour cette raison que les résultats ont suivi. A Daegu, avec les filles du 4x100m ( NDLR : Aurore Mongel, Céline Couderc, Céline Cartiaux ), nous avons gagné la médaille d’or et battu le record de France fédéral. Je me souviens qu’Aurore et Céline étaient très contentes d’être là. Un an avant Athènes c’était une bonne répétition générale pour elles. Cela nous a servi pour les Jeux*.

Quelles sont selon vous les clés de la réussite lorsque l’on mène de front sport de haut-niveau et études supérieures ?

( Sans hésitation ) Une organisation parfaite. La gestion de l’emploi du temps est primordiale. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir quelqu’un ( ndlr : son mari ) qui m’attendait à la maison pour me préparer la « gamelle » ( sic ) sinon, ça aurait sans doute été encore plus difficile. Pour réussir ce double pari, il faut se fixer des objectifs précis et s’y tenir coûte que coûte.

* 5 ème aux JO d’Athènes, le relais 4x100 français était le même qu’à l’Universiade de Daegu 2003, à l’exception de Céline Cartiaux, « remplacée » par Malia Metela.

FIGUES Solenne
25 ans

Spécialités : 100 et 200 NL

Diplômée de l’école de Kinésithérapie de Toulouse


Propos recueillis par Damien Bardot

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