Il y a sept mois, à Athènes, pour vos premiers Jeux Olympiques, vous deveniez champion olympique de sabre par équipes. Est-ce votre plus beau souvenir sportif ?
Je dirai que c’est l’un des plus beaux. Je le mettrai en relation avec le premier titre mondial français en sabre par équipes, obtenu en 1997. Là aussi, je faisais partie de l’équipe avec mon frère. Pour moi, ces deux titres sont au même niveau même si cela a été plus difficile de gagner le titre olympique.
Cette médaille a-t-elle changé votre vie ?
Pas spécialement. Vous savez, pour moi, l’escrime a toujours été un à côté, à la fois un plaisir et une passion. J’ai toujours eu beaucoup d’autres centres d’intérêts. Cela permet de relativiser.
Pour vous qui êtes membre d’une grande famille d’escrimeurs (2) , partager ce titre avec votre frère Damien a du constituer moment très particulier…
Absolument. C’est un plaisir de partager ce titre unique avec quelqu’un de sa famille. Cela n’est pas donné à tout le monde. Et puis, c’est l’accomplissement d’un parcours collectif, mais surtout individuel, pour lui comme pour moi.
Chacun se souvient de la spectaculaire blessure de Damien en demi-finale. Comment avez-vous vécu cet événement ?
Très mal. C’était insoutenable. Nous étions à 44-44, et puis soudain la blessure…Sur le moment, on ne sait pas trop ce qui se passe, le doute s’installe. Quelle est la nature de la blessure ? Est-ce grave ? Au final, on est impuissant, obligé d’attendre le verdict du médecin. Les minutes sont longues, on se pose beaucoup de questions. Heureusement, tout s’est bien terminé.
En mettant un terme à votre carrière sur ce titre olympique, vous avez choisi d’arrêter en pleine gloire. Etait-ce calculé ?
J’avais pris ma décision avant les Jeux, sans savoir ce qu’il adviendrait durant cette compétition. Que cela se passe bien ou pas, les JO constituaient pour moi l’objectif ultime. C’est vrai qu’après la réussite d’Athènes, j’ai eu une période d’interrogation pour savoir si j’allais continuer. Mais au mois de décembre-janvier, l’envie et les objectifs n’étaient plus au rendez-vous. A partir de là, cela coulait de source... Il faut savoir s’arrêter à temps.
Aujourd’hui, avez-vous d’autres ambitions sportives ?
Oui mais uniquement du loisir (rires). Je me consacre à des activités que je n’ai pas eu le temps de pratiquer avant, comme la plongée, la voile ou le ski.
Depuis septembre, vous êtes également entré dans un nouveau cycle au niveau professionnel. Vous avez quitté le poste d’enseignant en EPS que vous occupiez depuis 2000 à l’Université Pierre et Marie Curie de Paris, pour rejoindre l’UFR STAPS de l’Université Paul Sabatier de Toulouse…
Tout à fait. Tout s’est bien « goupillé » puisque je souhaitais redescendre dans le sud-ouest, ma région d’origine et qu’un poste correspondant à mon profil se libérait à Toulouse, suite au départ en retraite de mon prédécesseur. Désormais, j’ai la double chance d’avoir un projet professionnel dans lequel je m’épanouis et d’être proche de chez moi …
Justement, parlez-nous de votre métier…
Ma mission est d’enseigner l’escrime et de former les étudiants et les futurs professeurs d’EPS. J’essaie également apporter mon expérience du haut-niveau aux étudiants qui ne se destinent pas forcément au CAPEPS, mais au professorat de sport ou à l’entraînement.
Quel regard portent sur vous les étudiants ? On les imagine admiratifs…
C’est sûr, je sens qu’il y a quelque chose qui passe…La grande majorité des étudiants ont regardé l’escrime pendant les derniers Jeux. Ils savent qui je suis, ce que j’ai fait même s’ils n’en parlent pas et moi non plus d’ailleurs. Mais je ne me sers pas de ce regard là pour faire passer mes contenus d’enseignement. Je suis jugé sur le plus important et mon plus important n’est pas le titre olympique.
En tant qu’étudiant, vous avez vous-même participé deux fois aux Universiades, y obtenant quatre médailles (3) ? Quel souvenir gardez-vous de ces compétitions ?
L’ambiance, la convivialité, la fête. Mais aussi la possibilité de rencontrer d’autre personnes, d’autres sportifs français ou étrangers. Cela reste des moments très importants dans ma carrière.
Depuis deux saisons, vous êtes membre de la Commission Mixte Nationale d’escrime au sein de la FF SPORT U. Que représente pour vous le sport universitaire ?
Pour moi, c’est la possibilité offerte aux étudiants de pouvoir s’épanouir dans une activité comme l’escrime. Cette activité n’est pas encore très porteuse mais il faut chercher à la développer. Pour ma part, je cherche à donner le goût et la passion à des gens qui ne sont pas forcément escrimeurs à la base mais ont découvert ce sport à l’Université.
(1) En demi-finale des JO 2004, Damien Touya est victime d’une blessure spectaculaire, la main transpercée de part en part par le sabre de son adversaire, l’Américain Smart. Le score est alors de 44-44. Après dix minutes d’interruption, il donnera finalement le point décisif à la France au terme d’un assaut rageur. C’est la main bandée qu’il conclura ensuite la finale victorieuse face à l’Italie (45-42)
(2) Outre Gaël l’aîné, Damien 29 ans, triple médaillé olympique et triple champion du monde (dont un titre individuel en 1999) et Anne-Lise, la cadette, 23 ans, (championne du monde individuelle en 2001) complètent le clan Touya. Seule Anne-Lise poursuit désormais sa carrière, Damien ayant mis un terme à la sienne en même temps que Gaël.
(3) Argent individuel et par équipes en 1993 à Buffalo (E-U), argent individuel et bronze par équipes en 1995 à Fukuoka (Japon)
Gaël TOUYA
31 ans
Spécialité : sabre
Club : Amicale Tarbaise d’Escrime (65)
Palmarès sportif
Champion olympique par équipes 2004
Champion du monde par équipes 1997 et 2001
Médaillé d’argent individuel aux Universiades 1993 et 1995
Médaillé d’argent en sabre à l’Universiade 1993
Médaillé de bronze par équipes à l’Universiade 1995
Champion de France individuel en 2000
Champion de France par équipes en 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004
Parcours professionnel
CAPEPS obtenu en 1997
Professeur d’EPS à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6) de 2000 à 2004
Professeur d’EPS à l’UFR STAPS de l’Université Paul Sabatier Toulouse depuis septembre 2004