Dans le petit monde du football, Grégory
Arnolin, 23 ans, et Noumouke Sissoko, 24 ans
feraient presque figure d'extra-terrestres. A
l'heure où de nombreux jeunes se jettent à corps
perdu dans la bataille du professionnalisme,
les deux ex-compères de l'université Paris
13 Villetaneuse ont choisi une autre voie : concilier
football de haut-niveau et études supérieures.
Mais là n'est pas leur seul particularité ni
leur seul point commun. En effet, depuis la saison
dernière, « Greg » et « Noum » évoluent
tous les deux dans des championnats étrangers.
Une trajectoire originale qui, pour Grégory
Arnolin, a démarré en décembre
2002. Stoppeur ou milieu défensif à Villemonble
(DH), en banlieue parisienne, il est alors repéré par
des émissaires du SC Pedras Rubras, « l'autre » équipe
de Porto, évoluant en 2 ème division
portugaise. « Ils m'ont contacté et
j'ai décidé de tenter l'aventure.
J'ai signé un contrat d'un an et demi . » Mais
auparavant, Grégory a bien pesé le
pour et le contre. « Certes,
pour moi, c'était une belle opportunité.
J'avais envie de découvrir une autre culture,
une autre langue, un autre football aussi. Mais,
il n'était pas question que j'abandonne
mes études ». Etudiant
en licence STAPS à Paris XIII, Grégory
s'assure donc au préalable que le club
lui permettra de suivre les cours par correspondance
et l'autorisera à rentrer en France pour
passer les examens. « C'était
une condition sine qua none. Depuis cette année,
je reçois chaque jour les cours par Internet
grâce à un ami, et je suis déjà rentré deux
fois pour passer les partiels ». A
Pedras Rubras, tous les joueurs sont professionnels.
Lui fait désormais exception à la
règle. Son avenir, Grégory l'envisage en
trois dimensions : « D'abord
avoir ma maîtrise pour pouvoir travailler
dans le milieu du football, ensuite continuer à progresser,
enfin atteindre mon véritable rêve :
devenir pro en Angleterre ».
Le très haut niveau, Noumouke Sissoko
en rêve aussi. Repéré lors
d'un match amical face à Nancy avec son
club des Lilas (CFA) en juin 2003, ce stoppeur
d'origine malienne a signé un contrat
semi-professionnel de trois ans au Royal Excelsior
de Virton, en D2 belge. Un club ambitieux. Mais,
lui aussi, a décidé de ne pas perdre
de vue ses études. Bien au contraire. « J'ai
redoublé ma première année
de STAPS à Paris XIII. En arrivant ici,
je me suis inscrit au STAPS de Longwy avec le
statut de sportif de haut-niveau » .
Depuis, pas question de rater un cours. « J'ai
un emploi du temps réglé :
cours jusqu'à 18 heures tous les jours
et entraînement à 18 heures 30 quatre
fois par semaine. Plus une séance de musculation à la
carte ». Son objectif : « Réussir
mon DEUG d'abord. Je souhaite devenir professeur
d'EPS ou éducateur sportif. Au niveau
foot, j'aimerais me faire repérer par
un club de D1 belge. »
Etudes, football, exil, Grégory et Noumouke
partagent bien des points communs. Leur première
sélection en équipe de France universitaire,
ils l'ont également connue ensemble en
juin dernier, face aux anciens du Cameroun. Un
match empreint de tristesse et de deuil, suite
au décès de Marc-Vivien Foé*.
Depuis, les deux compères auraient dû fêter
leurs retrouvailles en bleu, contre la réserve
de l'Olympique de Marseille, le 12 novembre 2003,
mais une blessure a contraint Grégory à un
forfait de dernière minute. En attendant
une prochaine convocation, c'est avec une ferveur
commune qu'ils évoquent leurs souvenirs
de football universitaire. « Avec Paris
XIII, c'était exceptionnel. Bruno Naidon,
notre coach a su créer une super ambiance
faite de rigueur et de bonne humeur. On jouait
avec nos potes. On s'est éclatés.
En U, c'est complètement différent
du club ». Avec en ligne de
mire les prochaines échéances de
l'équipe de France U, nul doute que nos
deux « ambassadeurs » auront
encore l'occasion de remplir leurs armoires à souvenirs.
* Joueur camerounais décédé le
26 juin 2003, à Lyon, lors du match
Cameroun-Colombie comptant pour la Coupe des
Confédérations, des suites d'une
arythmie cardiaque.