Professionnels depuis peu,
les clubs de rugby imposent des contraintes de
plus en plus importantes aux joueurs. Sous pression,
ils disposent de moins en moins de temps pour
se consacrer à une activité universitaire
et/ou professionnelle. La conséquence est
que de nombreux jeunes rugbymen arrêtent
leurs études pour se consacrer exclusivement
à la pratique du rugby. Un phénomène
inquiétant.
La pseudo solution est de proposer aux joueurs
de passer un Brevet d’Etat, diplôme
leur permettant de devenir éducateur sportif
(voir encadré rouge).
Pour Pierre Villepreux (Directeur Technique National),
« ces BE constituent une porte de secours,
mais insuffisante », et ajoute que «
de toute façon ce sont les joueurs qui
détiennent les clefs du système
».
Le « petit prince », Thomas Castaignède,
véritable « star » du rugby
français, a accepté de revenir avec
nous sur le sujet, en nous faisant part de son
expérience personnelle.
Interview
FF Sport U : Il
y a encore quelques années, vous suiviez
des études d’ingénieur parallèlement
à votre carrière rugbystique. Avez-vous
été confronté à quelques
difficultés que ce soit avec votre club
ou votre école?
Thomas Castaignède : J’estime
avoir eu beaucoup de chances. Quand j’étais
étudiant à l’INSA-Toulouse,
le rugby n’était pas vraiment professionnel,
on était dans une période de transition,
et je suis passé entre les gouttes…
J’ai ainsi pu bénéficier d’aménagements
avec mon club : en plus des temps de récupération,
je disposais de plages de temps libre que Guy
Noves (entraîneur de Toulouse) m’accordait
pour suivre au mieux mes études. Il a été
très conciliant avec moi, comme l’a
été Castres après.
En ce qui concerne mon école, mes camarades
m’ont beaucoup aidé à rattraper
les cours auxquels je ne pouvais assister. Et
grâce à l’INSA, j’ai
pu passer mon diplôme en 3 ans au lieu de
2, ça facilite les choses…
Sans ces arrangements, je n’aurais jamais
pu réussir mes examens, car à l’INSA
si tu rates trop de cours, tu es vite largué
!
Aujourd’hui, le rugby est professionnel,
et avec deux entraînements par jour, il
est à mon sens de plus en plus difficile
voire impossible de faire quelque chose à
côté.
Mais tout est histoire de volonté !
Pourquoi avoir décidé
de poursuivre vos études alors qu’à
l’âge de 18 ans, votre carrière
rugbystique s’annonçait déjà
très prometteuse ?
T-C : Parce
qu’il est nécessaire de penser à
sa reconversion.
On est encore bien loin des salaires des Henry,
Pires, Vierra… au football !
Même si le rugby a cet avantage de créer
des contacts avec des gens de grandes sociétés,
aucun rugbyman ne peut vivre exclusivement de
ce sport toute sa vie.
Ceux qui ne se soucient pas de leur reconversion
vont connaître des difficultés par
la suite.
Même si vivre de sa passion est un rêve,
ce rêve ne dure pas plus de 8 ans !
Lorsque j’ai demandé
à Nicolas Raffault, (jeune joueur de Castres,
et international universitaire), pourquoi il lui
est nécessaire de suivre des études
supérieures, il m’a répondu
qu’en plus d’assurer sa reconversion,
ses études lui permettaient de respirer
et de se sentir moins « bête ».
Qu’en pensez-vous ?
T-C : Je suis
tout à fait d’accord avec lui. Je
ne me suis jamais senti aussi bien que lorsque
j’étais étudiant. Mes études
me permettaient de penser à autre chose,
d’avoir du recul sur ce que je vivais sportivement.
Côtoyer un autre univers que le rugby est
pour moi important.
De nombreux jeunes rugbymen
arrêtent leurs études pour se consacrer
exclusivement au rugby. La tendance actuelle pour
nombreux d’entre eux est de passer des Brevets
d’Etat. Qu’en pensez-vous ?
| Qu'est-ce
qu'un brevet d'Etat ? |
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Un brevet d'Etat d'éducateur
sportif et diplôme professionnel
du Ministère des Sports
qui comporte trois degrés
:
- 1er degré : éducateur-entraîneur
- 2è degré :
entraîneur haut niveau
- 3è degré :
entraîneur expert
Titulaire du brevet d'Etat
d'éducateur sportif
(BE ou BESS), l'éducateur
sportif peut exercer une activité
rémunérée
d'enseignement, d'encadrement
dans une discipline sportive
donnée.
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T-C
: Je pense que le rugby va droit
dans le mur et qu’on essaie de cacher
la réalité. De nombreux jeunes
joueurs sacrifient tout pour le rugby, mais
seul un petit nombre réussi. Des
Michalak, Jeanjean et Pointrenaud, il n’y
en a pas beaucoup…
De plus, comme je l’ai dit précédemment,
on est encore loin des salaires des footballeurs…
Il faut vivre après le rugby !
Alors même si passer un Brevet d’Etat,
c’est toujours mieux que rien, il
ne s’agit pas pour autant d’une
solution. Pour moi, on va créer une
génération de rugbymen chômeurs
! |
Comme de nombreux autres
joueurs actuellement en équipe de France
A. Je pense notamment à Raphaël Ibanez,
Fabien Galthié, Serge Betsen et bien d’autres…,
vous avez joué en équipe de France
universitaire. Quels souvenirs en gardez-vous
?
T-C : J’en
garde d’excellents souvenirs…
Je n’ai fait qu’un seul match en équipe
de France universitaire. Par contre j’ai
beaucoup joué avec l’INSA ou l’université
Paul Sabatier. J’étais beaucoup sollicité
et il était parfois difficile de me libérer,
mais j’ai toujours fait mon possible pour
jouer avec eux et faire plaisir à tout
le monde.
Le rugby universitaire m’a permis de découvrir
d’autres choses, de rencontrer des joueurs
qui sont devenu de très bons amis par la
suite, et ça c’est indélébile
!
Que pensez-vous du niveau
du rugby universitaire ?
T-C : J’ai
toujours été impressionné
par le niveau et l’engagement physique des
joueurs lorsque je jouais avec Paul Sabatier ou
l’INSA. C’est vrai, quand après
une journée de cours, je voyais mes camarades
s’engager à fond, il m’arrivait
souvent de leur demander d’y aller plus
doucement… Et d’une manière
générale je trouve que les «
universitaires » jouent intelligemment et
possèdent une excellente vision de jeu.
Le rugby universitaire représente un réel
vivier de rugbymen de haut niveau et j’espère
qu’il continuera à sortir les futurs
grands noms du rugby français.